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15 avril 2020 3 15 /04 /avril /2020 14:03

Aucun article sur notre château n'a jamais été publié sur ce blog ! Il était temps d'y remédier, sans difficulté d'ailleurs car les rédacteurs se sont depuis longtemps intéressés à ce sujet, ont eu séparément et à différentes époques de longs entretiens avec Mme Nique (à qui nous dédions ce texte) et ont publié des articles dans des bulletins municipaux ( en 2018 et 20 ans avant!). Quelques passages résonnent bizarrement avec les jours que nous vivons...

Sous l’Ancien régime, les terres du Noyer -on disait les Noyers car on y distinguait le Petit Noyer - étaient exploitées par quelques paysans locaux (les Eymeric dit Bourneilh, les Dutheil, les Cipierre …) mais on n’y distingue aucun lieu noble. Ce territoire dépendait essentiellement du seigneur d’Ygonie à Saint Sulpice. Quelques traces d’une maison assez importante y subsistaient cependant au 19° s à l’emplacement de la partie Nord du château actuel. C’était sûrement la résidence de Marguerite de la-Roche-Aymon, qui, veuve de Pierre Pasquet sieur des Rochettes, avait obtenu par divers échanges « les métairies » du Noyer qu’elle voulut ériger en « domaine ». Mais faute de preuves et quoique sœur du seigneur de Prémilhac, cette grande dame fut déboutée de ses prétentions à la noblesse en 1666.

Au 18° s, une partie du domaine du Noyer était aux mains des Dufraysse de Plampeyre, et passa par mariage aux Debrégeas, qui la conserveront jusqu’en 1840, date à laquelle leur dernier descendant alla s’installer comme porcelainier à Limoges, et vendit le domaine à Cyprien Pouquet.

Le nouveau propriétaire, né en 1800 à Saint-Médard d’Excideuil, était monté à Paris comme commis dans l’entreprise des frères Gay, ses cousins, spécialisée dans le négoce de la soie. Puis, avec ses frères, il avait fondé en 1824 une société équivalente, tout aussi florissante. Il devint gendre en 1830 de son cousin Jacques Gay dit Roulet et les deux sociétés très unies le chargèrent surtout de l’approvisionnement en étoffes de soie depuis Lyon pour alimenter un commerce de plus en plus international. Dès la fin 1834, fortune faite, Cyprien était revenu au pays et avait acheté le domaine de Liaurou à Saint Martial d’Albarède pour s’y consacrer à l’agriculture et à la politique.

Son petit-fils Arthur Origet-Ducluzeau, fils d’Anaïs Pouquet, étendit la propriété du Noyer par l’achat en 1882 du « domaine du Noyer », portant ses possessions à près de 180 hectares. Né à Saint-Martial d’Albarède en 1849, il avait rejoint à Paris en 1866 son oncle Ernest Pouquet qui avait fondé sa propre affaire de négoce de soie en 1861. En 1875, il était parti pour l’Amérique pour y mettre en place, à grands frais et à bénéfices partagés, une succursale de la société Ernest Pouquet ayant pour objet « le commerce d’importation aux Etats-Unis des articles spéciaux pour tailleurs et confectionneurs ». Fin 1878, le contrat d’association avec son oncle ayant pris fin, il avait créé sa propre entreprise au 5-7-9 Union-Square à New-York, qui fit sa fortune. Ayant épousé Lucy Glaise, une dame de son pays d’accueil, il avait pris la nationalité américaine.

Ses affaires sont florissantes, mais il n’oublie ni sa famille ni sa région natale. Il décide d’investir une partie de sa fortune dans la construction du château du Noyer, qui fut achevée en 1894. L’architecte dont se sont inspirés les plans n’est pas des moindres : il s’agit de Viollet-Leduc (+ 1879), et les dessins du projet de château étaient conservés avec soin dans la bibliothèque de Madame Nique. La tour est une idée d'Arthur Origet, elle n'était pas dans les « modèles » de Viollet-Leduc. La conception est résolument moderne, les pièces spacieuses et confortables. Un système de chauffage central, masqué dans les cloisons, apporte la chaleur dans toutes les pièces ; un système d’eau courante est installé grâce à un bélier hydraulique et un château d’eau privé. L’allure générale du bâtiment est équilibrée et rationnelle sans sacrifier au goût néo-médiéval ou rococo de l’époque. Les pierres d’une grande maison bourgeoise démolie à La Valade, ayant appartenu aux Dufraysse de Plampeyre puis aux Debrégeas, serviront en partie à sa construction.

Notez l'erreur !

La propriété est étendue : elle comporte une assez importante conciergerie, des bois au Nord, des prairies, plusieurs grosses métairies notamment au Noyer-même et à Malleville. Elle pousse jusqu’aux carrefours du Pic  (photo) et de La Valade. Des croix votives sont érigées à chaque coin : celle de La Valade, dont il ne reste aujourd’hui que le socle, semble porter les initiales des Origet et un vœu pour la paix.

Le nouveau château est donc terminé en 1894. La famille mène grand train au Noyer  : fêtes, chevaux, équipages, piano à queue impressionnent les modestes habitants des villages environnants. Notons que les Origet ne figurent sur aucun recensement de Clermont d’Excideuil entre 1891 et 1901. C’est qu’Arthur Origet est souvent parti aux Etats-Unis. Mais c’est dans son château du Noyer qu’il mourut le 7 octobre 1911. Et c’est à Clermont-d’Excideuil qu’il est enterré avec son épouse. Ils laissaient comme héritiers trois enfants qui ne s'entendaient pas entre eux.

Pour cette première partie, nous nous sommes appuyés sur les publications de M. Francis Boddart (BSHAP tome 120, p79)

La propriété fut vendue en 1924 en plusieurs lots, mais les nouveaux propriétaires du château, M. et Mme Vience, n’y restèrent que quatre ans, et s’en séparèrent dès 1928. L’amorce d’une mystérieuse légende prétend que l’époux aurait organisé sa propre disparition, laissant son épouse seule et désemparée… Elle partit vivre en Angleterre.

Toujours est-il qu’en 1928, M. Georges Loustau, père de madame Nique, cherchant un endroit où s’installer à cause de sa fille maladive, vint de Paris sur les conseils d’un notaire parisien et de son médecin : deux éminents pneumologues, séduits par la salubrité de l’endroit dominant à 320 m les premiers versants du bassin aquitain et envisageant d’y bâtir un sanatorium, venaient de renoncer au projet d’achat du domaine et voulaient revendre leur sous-seing. Un notaire excideuillais lui déconseilla bien de s’intéresser au Noyer, prétextant qu’il ne saurait s’y rendre en voiture ; mais un aubergiste, mieux avisé, réussit à le convaincre.

La fortune de M. Loustau venait de ses talents d’entrepreneur : ingénieur en électricité, il avait contribué à l’installation des lignes en Indochine et en Nouvelle-Calédonie. Il avait été blessé lors de la Grande Guerre et y avait perdu un pied. C'était aux dires de ceux qui l'ont connu un homme affable. Son épouse avait eu la grippe espagnole. Elle était issue d'une famille protestante d'origine suisse, installée en Algérie.

Pendant les années 30, les Loustau passent les deux mois d'été au château ainsi que 15 jours pour Noël et Pâques. Ils font éditer un carnet de 36 cartes postales présentant différentes vues intérieures et extérieures du château et l'offrent à leurs invités. Toutes les cartes sont sépia comme celle-ci.

 

Lorsque la guerre est déclarée, en 1939, la famille s’installe au château prévoyant que la vie en région parisienne (Ville-d’Avray) deviendrait très difficile. Au début des hostilités, la direction de la firme Peugeot est accueillie au Noyer. Puis, c’est la débâcle de juin 1940 et le 315éme régiment d’artillerie français se réfugie et campe dans le parc. La jeune Madeleine (« Titelaine ») Loustau y rencontre le lieutenant Roger Nique, ancien élève de Centrale. Ils se marieront à Clermont en 1941. Tout au long du conflit, de nombreux réfugiés seront hébergés discrètement au château ou à la conciergerie.

Couverture d'un carnet de cartes postales offert par M. Loustau au capitaine Lyautey du régiment accueilli au Noyer.

M. Loustau s’engagea dans la Résistance, comme son fils Henry-Jean, qui y commença une brillante carrière militaire (voir Henry-Jean Loustau sur divers sites Internet). Le 5 juin 1944, les soldats allemands viennent au château pour l’arrêter. Ils envisagent de s’y installer : ils auraient là un excellent  poste d’observation. Mais le débarquement de Normandie du lendemain fait échouer leurs projets…

Après la guerre, M. Loustau connaît des revers de fortune. Le couple vit désormais au Noyer toute l'année. Mme Loustau aime que les photos de mariage y soient prises et, accueillante, se plaît à offrir une chambre nuptiale de rêve aux jeunes mariés de notre village. En 1970, madame  Nique et son frère héritent de la propriété qui est en piètre état. Ils pensent d’abord à la vendre puis y renoncent. Henry-Jean se résout à se séparer de la conciergerie et sa sœur devient seule propriétaire du château et de ce qui reste de ses dépendances. Elle entreprend alors avec son époux quelques travaux de restauration et s’y installe définitivement. M. Nique décède en 2005 et elle disparait en 2015, quasi doyenne de Clermont d’Excideuil.

En 2016, le château est vendu à une jeune famille d’industriels munichois à qui le voisinage, séduit par sa sympathie spontanée, a souhaité la bienvenue. De grands travaux de rénovation ont été entrepris depuis.

Nous remercions M. Jean-Pierre Rudeaux de Thiviers*, collectionneur de cartes postales anciennes qui nous a fourni ces petits trésors. Notez l'erreur sur la première ! 

* Ville  sur laquelle on aurait une  belle vue depuis la tour, s'accordaient à dire les Clermontois qui y sont montés. 

 

 

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Publié par Le Clermontois

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