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A la fin des années 70, alors que le premier Codec ouvrait à Excideuil (place du Champ de Foire) et que des communes voisines créaient leurs "multiples ruraux", Clermont possédait encore un lieu authentique et préservé, témoin de tout le vingtième siècle. Ce n'est que le 20 décembre 2001 que la petite épicerie-bar-tabac-dépôt de gaz du bourg ferma définitivement sa porte. Aurélie et Milou Foueytille prirent alors une retraite bien méritée.
Emile Foueytille naquit en 1912 à la Vergne. Son père Jacques, surnommé Parouty, était cantonnier et sa mère, Zélia née Dieuaide, vendait les légumes du jardin au marché d'Excideuil. Le couple reprit une toute petite ferme au bourg où Zélia créa en 1920 l'épicerie au fond de la cuisine.
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C'était déjà aussi un débit de tabac, comme l'indiquait la "carotte" à l'entrée. Les hommes fumaient du "Caporal" roulé dans du papier "Job". Zélie vendait aussi du tabac à priser et des chiques. Quand son mari allait à la Régie à Périgueux, il prenait le "Tacot" à Excideuil. Les clients attendaient impatiemment son retour dans la cour ou la cuisine. Il rapportait à pied, sur son dos, le précieux "gris" en sacs d'une livre. Zélie le revendait par petits paquets qu'elle pesait sur une balance spéciale. A la même époque, pour acheter de l'huile, on apportait sa bouteille en verre et Zélie la remplissait au tonneau.
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Dans les années 30, comme beaucoup de jeunes Périgordins, Milou quitta le village pour Paris. Il entra à la RATP mais le métier de poinçonneur dans le métro ne lui convenait pas (il ne voulait pas rester sous terre !) et finalement, il travailla dans une boutique de légumes cuits tenue par des Auvergnats, d'abord rue de Ménilmontant puis à Saint-Denis. En 1939, il partit à la guerre et fut prisonnier en Allemagne jusqu'à la Libération. Il resta donc environ quinze ans loin de Clermont.
Après 1940, le village était bien peuplé : il y avait la population habituelle, encore nombreuse et beaucoup d' Alsaciens réfugiés. Zélie devait donc composer avec les tickets de rationnement.
Vers 1950, les Foueytille firent élever leur maison d'un étage puis construire l'épicerie à droite. Bien que celle-ci eut une porte sur l'extérieur, jamais l'habitude de passer par la cuisine ne se perdit. Petit à petit, Jacques acheta des terres pour agrandir la propriété et aussi des bâtiments au Bost. Il ajouta aussi la salle de bal derrière la maison. Zélie servait parfois des repas mais l'établissement n'a jamais été un restaurant.
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Après la guerre, Milou resta un peu à Clermont et épousa Aurélie Thomasson, originaire de la Reille. Milou et sa jeune épouse choisirent de repartir à Paris et pour ne pas être séparés, ils devinrent employés de maison dans le XVIème arrondissement. Elle cuisinait, il était maître d'hôtel. Ils étaient logés, nourris, libres le dimanche après-midi et avaient douze jours de congé par an. A Paris, ils côtoyaient beaucoup d'autres Clermontois : c'était l'exode rural* des années 50. Les jeunes frères Foueytille montèrent aussi à la capitale alors Milou et Aurélie pensèrent aux parents seuls et âgés et décidèrent de revenir au pays.
En 1956, Milou passa le permis et c'est au volant de sa Juva Renault qu'il revint définitivement à Clermont en 1957. Aurélie aidait alors sa belle-mère au magasin et Milou devint agriculteur. Il avait six vaches au Bost, élevait des veaux de lait, cultivait les terres, la vigne*, le jardin pour vendre les légumes le jeudi à Excideuil. Les Foueytille blanchissaient aussi des châtaignes* : soixante kilos à Noël pour le marché de Thiviers.
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Au café, la commande des clients, c'était souvent "Zélie, une chopine !" c'est à dire un demi-litre de vin blanc doux ou de rouge qu'elle allait tirer au robinet de la barrique, à la cave. La bouteille de Pernod durait un an mais on consommait du Dubonnet, du Cinzano, du Saint-Raphaël, du Byrrh.... et aussi du rhum brun et des fruits à l'eau-de-vie.
Zélie s'adaptait au progrès : elle avait le téléphone et il servait à tous. On envoyait aussi beaucoup de télégrammes (Milou allait les porter à vélo). L'épicerie servait aussi de cabine publique avec un compteur d'unités. A l'époque, très peu de Clermontois avaient le téléphone chez eux. Il fallait courir chez les voisins et dire : "On vous demande ! "
En 1965, Jacques Foueytille fut déclaré trop âgé pour tenir le bureau de tabac et Milou reprit officiellement le commerce. C'était encore une activité rentable, le bourg était assez peuplé, il y avait même encore l'école... Les habitants venaient toujours acheter ce qu'ils ne produisaient pas : le vermicelle, les nouilles et les macaronis, le café en grains, le chocolat Poulain, les sardines en boîte, les biscuits Brossard et les Petits Bruns de LU et aussi les balais de paille et les feutres à semelle caoutchouc... Les enfants se régalaient de caramels mous, de petits nounours, de fraises Tagada. Le rayon mercerie était assez important avec de la laine, des aiguilles à coudre et à tricoter, des boutons, des bas...
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Zélia mourut en 1973 mais on continua longtemps à parler de "chez la Zélie" puis on finit par s'habituer à dire "chez Lili".
Hélas, la population du bourg vieillit, le village se vida et l'activité commerciale diminua avec l'apparition des premières grandes surfaces (Rond-Point à Boulazac, Leclerc à Trélissac puis Codec à Excideuil).
Le petit commerce, c'était contraignant : il fallait être là à toute heure pour changer une bouteille de gaz, servir à boire, vendre une boite de conserve... Pourtant, Aurélie continua et ses fidèles clients pouvaient compter sur elle. L'usage de rentrer à l'épicerie par la porte de la cuisine ne s'est jamais perdu, on passait le long du cantou* puis devant le frigo où étaient stockés les Camembert et les plaques de beurre et on entrait dans la petite boutique à droite.
Jusqu'en 1995, toutes les réunions du Conseil Municipal se terminaient chez elle. Les soirs d'élections, on commandait du Champagne que l'on buvait non pas dans la cuisine mais dans une salle sur le côté gauche, rarement utilisée.
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Fin 2001, le franc allait disparaître. Aurélie et Milou annoncèrent "qu'ils ne rendraient pas la monnaie en euros".
Milou décéda en 2008 et Aurélie en 2023. La maison de famille appartient maintenant à Nancy Theobald, commerçante elle aussi, rue Jean-Jaurès (Café no 29) à Excideuil.
Merci à Dany Delort et Ginette Migout pour les photos. Le texte est la reprise d'un article paru dans le bulletin municipal 2001, écrit à partir de conversations avec Milou et Aurélie devant la cheminée... * Ces thèmes feront l'objet de prochains articles... A suivre. Vous avez des photos (papier ou numériques) intéressantes ... pensez à m'en parler. J. Andrieux