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280px-Abastiale de Vigeois 7L’abbaye Saint Pierre de Vigeois, figure parmi les plus anciennes du Limousin. Au VIème siècle, Aredius (futur Saint Yrieix) y commença ses études de théologie. Son maître se nommait alors Sébastien, qui fut l'un des tous premiers abbés du prieuré de Vigeois. Peu de temps avant la rédaction de son fameux testament (572), Arédius y installa 12 moines. Il avait, auparavant, fait effectuer une série de travaux dans le bâtiment. A cette époque, Vigeois dépendait du monastère Attane fondé par Saint Yrieix, sur son lieu de naissance. L’existence de Vigeois, en ces temps très anciens, fut attestée par la découverte lors de fouilles, de trois tombeaux datant de l’époque mérovingienne. Plus tard, l’abbaye bénédictine de Vigeois devint une filiale de celle de Solignac puis sa destinée fut unie à celle de Saint Martial de Limoges.

 

 

 

Qui était Geoffroy du Breuil ?

 

Les dates de sa naissance et de sa mort sont imprécises. Il a pu vivre entre 1140 et 1200. Il est né à Clermont d’Excideuil dans une maison aujourd’hui disparue, nous dit monsieur de Gourgues dans son dictionnaire topographique. Son père Pierre du Breuil était issu de la petite noblesse. Sa mère Lucie du Marchat était apparentée à la lignée des Lastours. Cette noble famille, occupait une place privilégiée dans l’aristocratie de la vicomté. Par leur puissance et le nombre de leurs possessions, les de Lastours s’approchaient du lignage vicomtal. Geoffroy s’intéressa à la généalogie de ses ancêtres maternels et il n’est pas étonnant, qu’un des manuscrits de sa chronique ait été retrouvé au XVI e siècle, au château de Lastours.

Il fut tout d’abord moine au prieuré de La Souterraine puis rejoignit la grande abbaye Saint Martial de Limoges. Homme lettré et érudit, il apprécia certainement la grande bibliothèque qui faisait la fierté des moines de Saint Martial. C’est peut être là qu’il découvrit les chroniques de l’un de ses prédécesseurs, Adémar de Chabannes. Enfin consciente de toutes ses qualités, sa hiérarchie nomma Geoffroy, prieur de Vigeois, peut être en 1184 .

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Mais quel était le rôle d’un prieur au Moyen Age ?

Le prieur dirigeait la communauté religieuse placée sous ses ordres.

Il était totalement responsable de la conduite des moines. Il devait avec autorité, veiller au respect de leurs engagements. Il lui fallait aussi se préoccuper de la vie matérielle de l’abbaye. A Vigeois, Geoffroy encouragea les frères à travailler leurs terres et à les faire fructifier. Dans un de ses écrits, il se félicita de « la bonne marche du verger du prieuré ainsi que des bonnes récoltes du potager ». C’était donc un poste important et Geoffroy se montra toujours soucieux du bon comportement de sa communauté. Il dénonça d’ailleurs, dans ses Chroniques, les abus commis dans certaines. A Tourtoirac par exemple, quatre abbés avides de puissance, se disputèrent le pouvoir pendant des années, au risque de faire péricliter l’établissement monastique.

Dans ses Chroniques, Geoffroy du Breuil relata les évènements dont il fut le témoin mais il se pencha aussi sur des faits antérieurs. Le cadre de ses écrits demeura le Limousin. Le prieur à travers toutes ces lignes, montra l’intérêt qu’il portait à ce qui se passait dans la vicomté.

Il fut, en tant qu’homme d’église, particulièrement sensible aux affaires ecclésiastiques. Il remit souvent en question le choix des évêques de Limoges. Il jugea aussi leurs actions, n’hésitant pas à parler de la malhonnêteté de certains. Comme les abbés de Saint Martial, il manifesta constamment son indépendance vis à vis du pouvoir épiscopal. Pour preuve, cette petite anecdote que Geoffroy prit un malin plaisir à raconter. Accueillant l’évêque dans la plus grande simplicité, et le conviant à manger dans le réfectoire comme tous les autres frères, il lui fit remarquer qu’il n’était qu’ «un simple pèlerin en visite à Vigeois ».

Il déplora aussi l’installation d’ordres concurrents aux Bénédictins, en terre limousine. Il se plaignit en particulier des Cisterciens « bien dotés par les seigneurs, quelquefois au détriment des autres ». Ainsi à cause d’eux, Vigeois se trouva

 «  amputé d’une terre par le monastère d’Obazine, et Arnac dut désormais payer une dîme à celui du Dalon ».

Geoffroy s’intéressa aussi à la politique menée en Limousin par Henri II Plantagenêt. Il plaignit ce monarque d’avoir à subir la vindicte de ses fils. Dans ses Chroniques, il décrivit avec réalisme les horreurs des guerres franco-anglaises. L’attaque de Limoges par les troupes d’Henri II et le terrible incendie qui s’en suivit, est un témoignage précieux retraçant fidèlement ces terribles événements.

Passionné par la vicomté de Limoges, il travailla longuement sur les dynasties vicomtales. Sa généalogie de la branche régnante des Comborn, permet de mieux cerner les personnages de cette famille qui ont écrit une grande partie de l’histoire du Limousin médiéval.

Dans ses Chroniques, il évoqua aussi des faits divers comme le ferait aujourd’hui un journaliste : prix des denrées alimentaires, épidémies, présence d’un loup particulièrement dangereux…..

Il se pencha aussi sur des années antérieures à son passage sur terre, décrivant les préparatifs de départ pour la première croisade (XIème siècle ) ou encore la mortalité liée à l’empoisonnement par l’ergot de seigle. Plus connu sous le mal des ardents, cette intoxication provoquait des morts par milliers. A Limoges, les reliques de Saint Martial promenées dans la ville, stoppèrent l’intoxication en 994 et Geoffroy narra ce prodige avec émotion. Il décrivit aussi une série de phénomènes surnaturels qui touchèrent le Limousin en 1122,  telle cette femme à deux têtes qui surgit de nulle part et s’envola comme un oiseau !

Le travail d’historien de Geoffroy du Breuil est d’autant plus remarquable qu’il demeure, dans la plupart des cas, objectif. Parfois le prieur se fait malicieux, surtout lorsqu’il traite des évêques. Ses témoignages toujours bien documentés, aident à mieux connaître la vicomté limousine, à mieux comprendre son histoire souvent agitée et à mieux en appréhender toute la complexité. Les chroniques du prieur de Vigeois, demeurent un allié précieux pour les médiévistes étudiant le Limousin et pour tous ceux que ces siècles lointains passionnent.

La vie de Geffroy du Breuil s’est arrêtée à une date inconnue dans son prieuré, où il fut suivant la coutume inhumé auprès des autres moines.                                                    

                                                        Jacqueline Denivelle-Desthomas

 

Photos : Luc Joudinaud

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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