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La ligne de chemin de fer qui passe par Clermont est celle d’Angoulême à Brive par Thiviers.
Déjà, avant 1870, des notables  du Sud-Ouest avaient créé la compagnie du Chemin de Fer de Montauban à Nontron. Ils se proposaient donc d’établir une ligne transversale se prolongeant jusqu’à Angoulême et la côte atlantique, territoire de la compagnie des Charentes. En fait, dans notre région, ce sera la compagnie de Chemin de Fer de Paris à Orléans dite P.O. qui sera concessionnaire de la ligne. Il faut savoir que, de la création des premières lignes à 1937, il y eut en France une multitude de compagnies. C’est le gouvernement de Front Populaire qui a créé la SNCF en nationalisant les plus grandes.

Entre Nontron et Brive, le tracé fut longuement discuté. Il y eut un projet Excideuil-Coulaures-Corgnac-Thiviers. Les habitants d’Anlhiac soutenus par le maître de forges de Savignac-Lédrier voulaient que le train passe par chez eux et non par Saint-Raphaël.
En 1881, la ligne Angoulême-Brive est déclarée d’intérêt public.  Chaque commune aurait voulu avoir sa gare, mais cela ne fut pas possible car la ligne était d’intérêt général et non local.
Les terrains sont achetés par l’Etat. Les sondages et autres travaux préparatoires au tunnel de Clermont débutent en 1882. En 1885, le 4ème lot  compris entre la Courtade et Brétignéras est adjugé à l’entreprise Bibal et Boutet qui devra donc construire, aux frais de l’Etat, la voie, la gare d’Excideuil, les passages à niveau, le tunnel de Clermont et le viaduc sur la Loue vers Sarconnat.

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La région connaît alors une intense activité économique. On engage beaucoup de maçons et de  terrassiers. Les carrières d’Autrevialle fournissent le ballast de Thiviers à Hautefort. Enfin, il faut nourrir et loger tous ces ouvriers qui ne sont pas tous originaires de la région.
On trouve trace de quelques incidents. Le Maire d’Excideuil signait des bons de dynamite aux ouvriers des tunnels qui l’utilisaient parfois pour braconner dans la Loue. En 1888, les habitants de Vialard demandent que l’eau de la  fontaine, alimentant leur village, coupée par les travaux du tunnel, soit rétablie. Il y a, hélas, plusieurs accidents du travail. Quatre ouvriers tombent d’un échafaudage en peignant le pont de Corgnac et l’un d’eux se noie.


Les rails sont enfin posés, aux frais du P.O, pendant l’été 97 par un régiment  de 160 soldats venus de Versailles, à raison de 900 mètres par jour.
Les travaux sont  réceptionnés en août 1898 mais, à ce moment-là, le 5ème lot (Brétignèras-Hautefort) n’est pas encore adjugé. Les crédits manquent : un kilomètre de ligne coûte 305 000 francs.
La ligne est enfin ouverte le 15 octobre 1898.

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La gare d'Excideuil qui aurait due être construite aux normes de 2ème classe ne sera qu'une bâtisse de 3ème classe par mesure d'économie.

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collection J.P. Lamoure

Le trafic moyen était de trois aller-retour de trains omnibus par jour avec des trains supplémentaires les jours de foire. Grâce au train, les habitants du canton d’Hautefort découvrent les charmes de Brive, tandis que de nombreux Corréziens viennent faire leurs études aux Ecoles Supérieures d’Excideuil. La carte postale ci-dessous montre la sortie des voyageurs. Quelle foule !
IMGP4307.JPG                                                                                    collection J.P. Lamoure
La Guerre de 14-18 provoque une augmentation du trafic mais aussi l’abandon d’autres projets ferroviaires dans le département.

Le déclin  commence dès  les années 30. Les causes sont multiples : crise économique,  exode rural, développement des voitures particulières. Il faut dire aussi que les correspondances n’ont jamais été commodes sur cette ligne : 4 heures d’attente à Thiviers pour faire Angoulême-Brive le matin.

IMGP4313-copie-1.JPG  la gare d'Excideuil vers 1925 (
collection J.P. Lamoure)
En 1939 est lancé un plan de coordination rail-route visant à remplacer les petites lignes  par des autobus (pensons au car CFD qui a repris le trajet du Tacot entre Excideuil et Périgueux en 1949). Donc, en avril 40, la ligne Thiviers-Brive doit être  fermée au trafic voyageurs.
 En fait, à cause de la guerre, il n’en sera rien. Neuf mille réfugiés Alsaciens arrivent en gare d’Excideuil  en septembre 39 suivis par des Parisiens ou des gens du Nord fuyant l’avance allemande. Les soldats voyagent aussi. Les Alsaciens repartent à l'été 40 en train. Des Chantiers de Jeunesse sont installés en 1941 à Saint -Germain et génèrent un trafic intense. En 1943, le trafic voyageurs reprend officiellement par train mixte (c’est à dire transportant aussi des marchandises). Mais la bataille du rail dont le but est de couper toutes les voies de communication aux Allemands fait rage.
Un bataillon de Géorgiens et d’Ukrainiens enrôlés dans la Wehrmacht passe 3 semaines à Excideuil ; le jour de leur départ, ils sont une trentaine à sauter du train, dans le tunnel de Clermont  pour rejoindre le Maquis.
 
A la libération de la Dordogne, le réseau ferroviaire est inutilisable mais les voies seront vite réparées. Une arche du viaduc de St-Germain avait sauté mais dès  la fin avril 1945, le trafic peut  reprendre.
Dix ans plus tard, en 1955, le tronçon Excideuil-Brive, ainsi que beaucoup d’autres en Dordogne, est fermé à tous trafics mais le transport des marchandises entre Thiviers et Excideuil qui reste important est maintenu. Parmi les clients de la gare d’Excideuil, on trouvait  les fours à chaux de St-Martial qui s’étaient  même construit un quai de chargement, le laboratoire Ciella qui produisait un collyre, les établissements Joudinaud (agro-alimentaire), des marchands de bois, de matériaux...

Les enfants de la ville de Gentilly continuaient à venir en colonie de vacances à Saint-Martin en train.
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A Corgnac, une scierie s'était même installée dans la cour de la gare. Des carrières expédient aussi leur production par train.








Déchargement d'une bille de noyer en gare d'Excideuil. (coll. Lamoure)


En 1965, à la gare d’Excideuil, on démolit "la P.V." (bâtiment réservé à l'expédition des marchandises, en "petite vitesse" et on construit la station fruitière d’Essendieras qui, en 1968, expédiera 500 wagons de pommes.

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Le long de la route, on voit de grands tas de piquets  (feuillards, production traditionnelle de Clermont, Dussac) attendant d'être expédiés...

A partir de 1980, le trafic diminue considérablement. Il n’y a plus de clients réguliers. Les entreprises  préfèrent travailler avec les transporteurs routiers. Les maisons de garde-barrière (deux aux Vergnes, portant les numéros 45 et 46) sont vendues à des particuliers.

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Le 1er juin 1986, la section Corgnac-Excideuil est fermée.
En  février 1991, vient le tour de Corgnac-Thiviers. Le déclassement de la ligne date de juillet 1994.  Mais les rails ne sont pas déposés...ce qui  a permis d’envisager une exploitation touristique de ce chemin de fer.
lien  avec le site du vélo-rail du Périgord Vert


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Le tunnel de Clermont qui porte une plaque "1888" a été condamné à la fin des années 90 par ce solide portail. Dommage ! C'était un but original de promenade...                
Toutes les informations contenues dans cet article proviennent de l’excellent ouvrage de M. Georges Thomas “Un siècle d’histoire  ferroviaire d’Angoulême  à Brive”. Je remercie également M.Robert Lamoure (décédé en février 2010) pour son soutien et M. Jean-Pierre Lamoure, son fils, qui m'a ouvert sa collection de cartes postales.
Le père de R. Lamoure fut chef de gare à Excideuil à partir de  1932.

 J Calandreau

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